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Interview Claire BALVA - Blockchain - Cap sur le numérique

Interview Claire BALVA

A 24 ans, Claire BALVA est présidente de Blockchain Partner, le leader du conseil sur la blockchain. Créatrice de Blockchain France dès 2015, la Banque de France a fait appel à ses services pour la création de Madre, le 1er service créé par une banque centrale s’appuyant sur la blockchain.

 

La Blockchain, c’est encore pour beaucoup d’entre nous, soit un concept théorique, soit un usage susceptible de nous concerner dans quelques années, soit un outil potentiellement dangereux. Que pouvez-vous nous dire sur la réalité des usages de la Blockchain ?

Ils sont multiples, car le mot “blockchain” désigne un ensemble de technologies diverses et dont les contours sont parfois flous. Les meilleurs experts ont d’ailleurs du mal à se mettre d’accord sur une définition universelle de la blockchain. La réalité, c’est qu’à mon sens nous en sommes encore au tout début. La grande majorité des usages de la blockchain sont encore très expérimentaux ou n’existent pas encore. C’est une technologie qui est difficile d’accès car les experts travaillent encore à la couche protocolaire (la couche technique la plus basse). On est donc encore très loin d’avoir une expérience utilisateur optimale pour les cas d’usage les plus “disruptifs”. Ce n’est pas pour autant que la blockchain va résoudre tous les problèmes. Cela ne sert à rien aujourd’hui de mettre de la blockchain partout, alors que la technologie n’est pas prête pour cela. Il faut plutôt voir la blockchain comme un outil qui va faciliter les échanges et les relations en créant suffisamment de confiance pour réaliser des transactions de valeur numériques sans passer par un intermédiaire. Cela va sans doute aussi, à long-terme, permettre de réinventer des modes de gouvernance dans des groupes larges et interagissant via le numérique.

 

Vous accompagnez la Banque de France sur le projet Madre. De quoi s’agit-il et qui est concerné ?

Le projet Madre a pour objectif de décentraliser la gestion du registre ICS (identifiants créanciers SEPA). La Banque de France centralisait auparavant la gestion du registre, mais le processus était fastidieux. Le projet a consisté en la création d’une blockchain privée entre les différentes banques de place pour digitaliser, automatiser et décentraliser les processus métier via des smart contracts. Aujourd’hui les délais de traitement ont été largement réduits et la Banque de France apparait comme un leader sur le sujet auprès des banques centrales européennes.

 

Quelles sont les applications les plus importantes que vous voyez se développer grâce à la blockchain ?

Cela dépend de ce qu’on veut dire par “importantes” 🙂 L’application la plus disruptive est sans conteste le développement des cryptoactifs (cryptomonnaies et tokens) qui permettent à chacun de stocker, échanger de la valeur numérique. Si cette application souffre encore d’une image sulfureuse à cause de la volatilité des cours et d’un manque de pédagogie, ce n’est à mon avis que temporaire. D’ici quelques années, il sera devenu normal et facile pour tout un chacun de posséder une variété de cryptoactifs, pour diversifier son portefeuille d’investissements ou pour faciliter les échanges au sein d’applications décentralisées.

 

Quel service s’appuyant sur la blockchain est le plus susceptible de concerner toutes les entreprises ?

A court terme, je pense qu’il s’agit des services de certification. Nous en avons développé un chez Blockchain Partner (Datatrust – https://datatrust.fr/) car de nombreux clients nous demandaient de mettre en place des applications de certification pour leurs documents ou leurs bases de données. L’idée est d’utiliser la blockchain comme notaire décentralisé – une sorte d’enveloppe soleau numérique – permettant de prouver l’antériorité et l’intégrité du document. A long terme, je pense que les applications autour des cryptomonnaies sont celles qui vont avoir le plus d’impact sur l’ensemble des entreprises. Cela va faciliter leurs échanges financiers, mais aussi peut-être leur demander de revoir leur système de comptabilité.

 

En tant que chef d’entreprise, vous êtes accompagné par un expert-comptable. Comment pensez-vous qu’il puisse être concerné par la blockchain ? Quel peut être son rôle en relation avec la blockchain vis-à-vis des entreprises ?

Il se trouve que mon expert-comptable accompagne plusieurs entreprises comme la mienne, spécialisées dans la blockchain. Il commence donc à bien connaître le sujet ! Il peut être concerné pour son business par certains cas d’usage pour son entreprise (certification, traçabilité de documents), mais je pense qu’il a surtout un rôle vis-à-vis de ses clients. D’ici quelques mois ou quelques années, il est probable que de nombreux experts-comptables se retrouvent face à des clients qui possèdent une partie de leurs actifs en cryptomonnaies ou en tokens. Certaines entreprises réalisent des levées de fonds en cryptomonnaie (ICO) et se retrouvent ensuite avec des montants considérables de crypto et de tokens. Elles ont de grandes difficultés par la suite pour savoir comment classifier ses actifs dans leur bilan. Il faut donc à mon sens que l’expert-comptable soit au fait de la législation et des normes comptables sur ce sujet, pour accompagner au mieux ses clients.

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